Rolla
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Rolla considérait d'un oeil mélancolique
La belle Marion dormant dans son grand lit;
Je ne sais quoi d'horrible et presque diabolique
Le faisait jusqu'aux os frissonner malgré lui
Marion coûtait cher -Pour lui payer sa nuit,
Il avait dépensé sa dernière pistole.
Ses amis le savaient. Lui-même, en arrivant,
Il s'était pris la main et donné sa parole
Que personne, au grand jour, ne le verrait vivant.
Trois ans,-les trois plus beaux de la belle jeunesse,-
Trois ans de volupté, de délire et d'ivresse,
Allaient s'évanouir comme un songe léger,
Comme le chant lointain d'un oiseau passager.
Et cette triste nuit,-nuit de mort,-la dernière,-
Celle où l'agonisant fait encor sa prière,
Quand sa lèvre est muette,-où, pour le condamné,
Tout est si près de Dieu, que tout est pardonné,-
Il venait la passer chez une fille infâme,
Lui, chrétien, homme, fils d'un homme ! et cette femme,
Cet être misérable, un brin d'herbe, un enfant,
Sur son cercueil ouvert dormait en l'attendant...
Musset
Gervex